TOUT sur la chaux … ou presque !

Cycle de la chaux

Un feu de camp, des pierres de gypse vite chauffées à plus de 150° et la pluie qui tombe, il n’en faut pas plus pour fabriquer involontairement du plâtre, l’éteindre et retrouver le lendemain, à la place des pierres, une masse compacte.

Pour cuire du calcaire il faut évidemment plus de chaleur, mais s’il se présente sous forme de coquillages ils ne seront pas bien long à se transformer en chaux.

Cette découverte accidentelle du plâtre puis de la chaux à été domestiquée au cours de millénaires on l’on ne disposait que de bois, de pierres, de terre, de sable, de plâtre et de chaux pour construire.

Aujourd’hui, quelles situations se prêtent à l’emploi d’une
chaux, et quelle chaux ?
Nous allons aborder ces questions et quelques autres avant de nous demander pourquoi la chaux soulève encore tant de
passions ?

Un article en 2 parties :

La première partie de cet article insiste sur les aspects pratiques.

Chaque chapitre se conclue par des renvois entre parenthèses « (1)«  vers des compléments d’information situés en annexe, pour les plus curieux.

Pour ne pas alourdir la fiche conseil les annexes regroupent des informations techniques ou scientifiques plus détaillées.

Vous pouvez ainsi parcourir la fiche conseil et vous reporter aux annexes seulement quand vous souhaitez approfondir un point qui vous intéresse plus particulièrement.

Ce que vous allez trouver dans l'article

Les Numéros renvoient aux pages du PDF que vous pouvez télécharger (ou pas)

p 3 – LE CYCLE de la chaux

p 5 – Utiliser LA CHAUX VIVE /  p 7 – Eteindre la chaux vive / en pâte / en poudre
p 8 – Utiliser LA CHAUX EN PÂTE
p 9 – CHAUX LÉGÈRES, travaux fins
p 11 – LES CHAUX éteintes / Aériennes / hydrauliques
p 12 – LA NORME
p 16 – CONSERVER les chaux
p 17 – COMPARATIF entre : Chaux Aérienne / Hydraulique / Ciment
p 18 – CHOISIR une chaux
p 20 – LES 3 PRISES des chaux naturelles
p 23 – LES CHARGES POUZZOLANIQUES
p 24 – LE RETOUR de la chaux.

p 27 – ANNEXES … plus d’infos pour les curieux, à la fin de cet article :
(1) – LA CHAUX hier et aujourd’hui – p 27
(2) -LESNOMSdelachaux-p29
(3) – COMMENTAIRES SUR LE CYCLE de la chaux – p 31

(4) – L’INDICE D’HYDRAULICITÉ – p 33
(5) – LA STABILISATION DES TERRES A LA CHAUX VIVE – p 34
(6) – L’EXTINCTION DES CHAUX VIVES – p 35
(7) – LA RÉSISTANCE DES CHAUX HYDRAULIQUES – p 36

Le cycle de la chaux

Cycle de la chaux

Pour découvrir les chaux naturelles nous allons les suivre dans leur cycle.

Nous verrons comment on passe du calcaire, pur ou argileux, à la chaux VIVE puis à la chaux ÉTEINTE qui retrouve, dans le mortier, son état initial de calcaire.

1 – LA PIERRE : Pour avoir une chaux aérienne on choisira un calcaire presque pur. Pour avoir une chaux hydraulique il faut cuire un calcaire qui
contient de l’argile.

2 – LA CUISSON transforme la pierre en chaux vive. Cette étape de décarbonatation relâche dans l’air 400 Kg de CO2 par tonne de calcaire.

3 – LA CHAUX VIVE est broyée à la sortie du four. Elle s’utilisait vive
pour certains travaux mais s’emploie aujourd’hui éteinte.

4 – L’EXTINCTION sans excès d’eau transforme la chaux en
poudre. Mise en sac elle sera vendue sous le nom de chaux
aérienne ou de chaux hydraulique naturelle. 

Eteinte par immersion, seule la chaux aérienne peut se conserver
en pâte, presque indéfiniment sous l’eau.
 

5 – LES CHAUX ÉTEINTES répondent à des NORMES qui
permettent de savoir si la chaux est calcique ou magnésienne,
aérienne ou hydraulique, de résistance faible ou forte, pure ou
bâtardée.

 

6 – LA CONSERVATION des chaux commercialisées dépend de leur état. Les chaux en poudre se conserve environ 1 an en sac. En pâte, la chaux aérienne se conserve sous l’eau sans limite de temps.

7 – LES TECHNIQUES A LA CHAUX ET LEUR APPLICATION font l’objet d’autres articles. Nous donnerons ici seulement quelques conseils pour le choix d’une chaux aérienne ou hydraulique naturelle.

8 – LES DEUX PRISES des chaux, plus une !

La chaux Aérienne fait prise au contact du CO2 de l’air.

La chaux hydraulique fait prise au contact de l’eau.

En présence d’une charge réactive comme la pouzzolane, la chaux aérienne fait une prise pouzzolanique, même sous l’eau !  C’est le « secret » du mortier Romain.

Le cycle de la chaux s’achève à la fin de la prise, quand la chaux du mortier retrouve son état initial de calcaire.

 

1 - DE LA PIERRE A LA CHAUX

 

Le calcaire pur (ou très peu argileux) donne une chaux aérienne calcique qui fait prise à l’air. Egalement aériennes, les chaux magnésiennes proviennent d’un calcaire magnésien. Le calcaire argileux rend la chaux hydraulique. Elle fera prise à l’eau

Le calcaire pur : Il donne une chaux aérienne qui fera prise par réaction avec le gaz carbonique de l’air. Les coquillages, calcaire pur, donnent une très bonne chaux. Certaines chaux en pâte sont produites à partir de marbre.

Le calcaire argileux : Sa cuisson donne une chaux hydraulique qui fait prise par réaction à l’eau. La chaux sera plus hydraulique et plus résistante si le pourcentage d’argile présent dans la calcaire avant cuisson est plus élevé.

PATRIMOINE FACADES Luc Nèples, architecte DPLG Page 4

Plus d’infos …
(4) – L’indice d’hydraulicité et (7) – La résistance des chaux hydrauliques.

2 - CUIRE DES CAILLOUX

La chaux c’est de la pierre cuite entre 900 et 1000°. A la sortie du four la pierre
a presque perdu de 40 à 50% de son poids, parti en fumée ou plus
exactement en gaz carbonique. On comprend pourquoi la cuisson
se nomme aussi décarbonatation.

 

Si on pousse la température on fabrique des chaux surcuites ou
des ciments naturels tels le ciment prompt (connus pour leur emploi
en rocaille et en fausse pierre entre la fin du XIXe et le début du
XXe).

Autrefois, la chaux coûtait cher. Cuire de la pierre dans des fours
mal maîtrisés consommait beaucoup de bois. On cuisait de la
chaux partout comme en témoignent encore de nombreux noms de
lieux sur les cartes. La cuisson lente, plus d’une journée entre 800°
et 900°, améliorait la finesse de la chaux et les cendres de bois
participaient (peut-être) à la qualité de la chaux produite.

3 - UTILISATIONS DE LA CHAUX VIVE

Le feu transforme le calcaire en « chaux vive ». C’est un matériau instable, une base forte (de Ph élevé) avide d’eau, agressive pour la peau et les matières organiques qu’elle brûle. Massivement utilisée en agriculture et dans la chimie, la chaux vive trouve quelques applications dans le bâtiment.

La chaux à l’étouffé : Dans le bâtiment, la chaux vive s’utilisait « à l’étouffé ». On mêlait par couche du sable ou de la terre à de la chaux vive qui en absorbait l’humidité. Elle se délitait peu à peu en poudre. On obtenait ainsi sur chantier de la chaux éteinte en poudre et un mortier « prêt à l’emploi ». Il suffisait d’en prendre un tranche pour avoir un mélange chaux/sable prêt à gâcher.

 

La protection des bois : Les poutres en bois (non peintes) peuvent recevoir un lait de chaux. On incorpore de l’huile de lin chaude au moment de l’extinction pour réaliser une « huile chaulée », peinture adaptée à la protection et la décoration des bois.

La désinfection : Les étables étaient régulièrement désinfectées à la chaux juste après son extinction. Fortement basique elle tue les micro-organismes.

La stabilisation des terres : 20 à 40 Kg de chaux vive mélangée à une tonne de terre argileuse provoque un accroissement très important de la résistance du sol par floculation des argiles.

Pour absorber l’humidité : Avide d’eau, la chaux vive capte l’humidité de l’air pour se transformer en chaux éteinte, et la chaux est alors en poudre, prête à l’emploi … un certain temps !

EN PRATIQUE : On trouve la chaux vive chez quelques marchands de matériaux, en roche en sacs plastiques de 5 ou 25 Kg ou prébroyée en seaux, plus rarement micronisée ce qui évite de tamiser la chaux en pâte.

Plus d’infos … (5) – La stabilisation des terres à la chaux vive.

4 - ÉTEINDRE LA CHAUX

La chaux en pâte :

Plongée dans l’eau, la chaux vive fuse en dégageant de la chaleur avant de se déposer au fond du bac. Cette extinction par excès d’eau donne une chaux aérienne en pâte. C’était la seule extinction possible autrefois, avec la chaux à l’étouffé. Si la chaux est hydraulique on devra l’utiliser dans les 24h pour profiter de ses propriétés avant qu’elle ne fasse prise.

La maîtrise en usine de l’extinction sans excès d’eau permet aujourd’hui de produire les chaux éteintes en poudre, vendues en sacs.

Préparer soi-même une chaux en pâte :

On trouve chez certains marchands de matériaux de la chaux vive en blocs ou broyée, en poudre. Elle se conserve à l’abri de l’air dans un sac ou un seau plastique fermé.

ATTENTION à ne pas toucher la chaux vive avec les mains (surtout humides) et à se protéger impérativement les yeux avec des lunettes et les mains avec des gants.

Pour l’extinction on utilise habituellement des récipients insensibles à la chaleur, en fer ou en bois. Si on dispose seulement de seaux en plastique, on peut en mettre un au « bain marie » dans une grande poubelle d’eau froide.

On peut éteindre 1 Kg de chaux vive dans 3,5 à 4 litres d’eau. On remue avec un bâton ou une hélice en bout de perceuse en se protégeant les yeux et les mains.

On laisse refroidir. On agite la chaux en pâte les jours suivants pour faciliter l’extinction des grumeaux non fusés.

 

La chaux en pâte se conserve sans limite de temps dans un seau
fermé. En bidon ouvert on veillera à compenser l’eau qui s’évapore,

PATRIMOINE FACADES Luc Nèples, architecte DPLG Page 7

mais c’est souvent inutile car la calcite qui se forme en surface
empêche l’évaporation de l’eau.

Pour des travaux fins on tamisera la pâte dans un tamis fin (à
défaut un chinois de cuisine) ou un bas . On jette les incuits ou
surcuits non fusés, retenus par le tamis.

Utilisations de la chaux en pâte :

Après l’extinction on laisse refroidir. Pour préparer un enduit on
mélangera directement cette pâte au sable.
Pour le mortier des joints on ajoute le sable et on laisse reposer 24h.

Pour les mortiers de finition on tamise la pâte au tamis de 10 (2
mm) et on la laisse reposer 2 semaines au moins.

Pour les corps d’enduit fibrés, on tamise la pâte, on ajoute le sable
et les fibres avant de laisser reposer 2 semaines. On s’assure ainsi
une bonne imprégnation des fibres. On vérifie avant la bonne tenue
des fibres en milieu basique.

 

Pour préparer un badigeon on coupera la chaux éteinte en pâte
avec de l’eau. Si l’on a éteint 1 Kg de chaux vive dans 4 litres d’eau,
on a après extinction l’équivalent de 1,3 Kg de chaux en poudre
pour 3,7 litres d’eau soit un rapport en volume « eau/chaux en
poudre » de 3,7 / 2,4 = 1,5. Pour avoir un rapport eau/chaux = 2, on
ajoutera donc 0,25 litre d’eau à chaque litre de chaux en pâte
puisée. A partir de cette base il sera facile de passer à des dilutions
plus importantes si l’on souhaite préparer une eau forte ou à une patine.

 

La chaux aérienne en poudre résulte d’une extinction de chaux
vive en usine. On pulvérise sur la chaux vive, l’eau juste nécessaire
à la réaction chimique d’extinction et encore autant pour compenser
l’évaporation qu’induit la forte chaleur dégagée par l’extinction.

La chaux la plus fine, plus légère, était séparée par soufflerie. Ça
explique pourquoi on la désignait sous le nom de « chaux ventilée »
mais cette appellation non normalisée n’est pas inscrite sur les
sacs. De nos jours la séparation des particules fines se fait par
centrifugation.

Les chaux légères ont une masse volumique de 0,5 Kg / litre et
parfois moins. La plus légère à ma connaissance est la Tradical 98.
Si la chaux en poudre que vous achetez est bien éteinte elle ne
dégage pas de chaleur en présence d’eau.

Si l’on souhaite préparer une chaux en pâte à partir d’une chaux
aérienne éteinte en poudre, on lui ajoutera son poids d’eau (par
exemple 25 litres d’eau pour un sac de 25 Kg de chaux aérienne)

Une chaux en poudre mouillée n’aura jamais les caractéristiques
d’une vraie chaux en pâte qui est passée directement de l’état de
chaux vive à l’état de pâte sans passer par l’état de poudre. Les
vraies chaux en pâte s’affinent dans le temps et on les utilisait avec
au minimum 1 an de murissement.

Plus d’infos … (6) – L’extinction des chaux vives.

Chaux légères et chaux grossières

Quelle soit en poudre ou en pâte, l’applicateur à toujours cherché à séparer la chaux légère adaptée aux finitions et aux travaux fins (tels le stuc) de la chaux plus grossière adaptée aux travaux préparatoires des sous-couches, plus épaisses.

On séparait la chaux fine et légère par ventilation si elle était en poudre, et par décantation si elle est en pâte. On utilisait la chaux la plus grossière, pour les sous couches ou les travaux ordinaires et la plus fine pour les finitions, les stucs ou les marmorinos.

En Italie on laisse parfois la chaux en pâte décanter 1 mois avant de prélever la partie supérieure de la pâte décantée, le « grassello », utilisé pour les travaux les plus fins.

Le fond, composé de chaux plus grossière, est mélangé à du sable siliceux pour composer la « malta » fine. On utilisait des malaxeurs à rouleaux pour mélanger la chaux en pâte au sable.

EN PRATIQUE : Plus la chaux sera fine, plus sa masse volumique sera faible. Les chaux aériennes en poudre pèsent environ 0,35 à 0,5 Kg / litre. Les chaux hydrauliques se situent souvent à 0,7 Kg/litre (entre 0,5 et 0,9 Kg). Les fabricants communiquent cette information.

Pour les chaux en pâte, la norme ne permet pas de connaître leur finesse mais les praticiens l’apprécient au glissement de l’outil. J’ai trouvé seulement une indication de la surface blaine sur le site
« forum calce » à propos des chaux en pâte certifiées qu’ils proposent … garanties 1 ou 2 ou 3 ans de murissement !

Dans tous les cas, le temps de mûrissement de la chaux dans l’eau (si possible plus d’un an) améliore sa finesse et sa mise en oeuvre.

5 - LES CHAUX ÉTEINTES

Les chaux aériennes : On distingue 3 types de chaux aériennes selon le % de calcaire ou d’oxyde de Magnésium.

CHAUX CALCIQUE : Chaux fabriquée à partir d’un calcaire Ca CO3 pur ou contenant moins de 5% d’oxyde de magnésium MgO.

CHAUX MAGNÉSIENNE : Chaux fabriquée à partir d’un calcaire Ca CO3 contenant plus de 5% à 34% d’oxyde de magnésium.

CHAUX DOLOMITIQUE : Chaux contenant de l’oxyde de calcium et plus de 34% jusqu’à 41% d’oxyde de magnésium.

EN PRATIQUE : Dans le commerce les chaux calciques sont les plus fréquentes. Les chaux magnésiennes se trouvent plutôt en Bretagne et dans le Nord de la France.

Pour un volume égal aux autres sacs, la chaux aérienne surprend par son poids de 20 ou 25 Kg.

Les chaux aériennes se conservent sous l’eau sans limite de temps. S’il vous reste de la chaux en poudre la seule solution pour éviter son altération sera de la mélanger à son poids d’eau dans une grande poubelle.

Si on réalise un enduit à la chaux aérienne à l’intérieur, on aérera le local.

Les chaux hydrauliques : Si la pierre de la carrière contient de l’argile, la cuisson va combiner la chaux avec la silice et l’alumine de l’argile pour former des silicates et aluminates de chaux.

Les NHL (Chaux Hydrauliques Naturelles) sont broyées pour réduire en poudre les incuits avant extinction en poudre.

Les chaux hydrauliques conservent une part variable de chaux aérienne. La prise aérienne d’une chaux hydraulique représente de 20 à 50% de sa prise, selon la nature du gisement.

EN PRATIQUE : On utilisera de préférence une chaux hydraulique de faible résistance, une NHL 2 (Voir Normes), sur les murs en terre ou en pierres tendres, hourdés avec des joints peu résistants, souvent en terre crue. La chaux NHL 3,5 convient aux sur la plupart des supports jusqu’aux pierres froides. On évitera les NHL 5, trop proche du ciment, sur le bâti ancien.

CE QUE DIT LA NORME

La norme des chaux de construction permet de savoir si une chaux est calcique ou dolomitiques, aérienne ou hydraulique, de résistance faible ou forte, pure ou bâtardée.Tableau des normes actuelles. (à cliquer pour l’afficher en grand)

Norme des chaux

Les chaux aériennes calciques « CL » ou dolomitiques « DL » :

Parmi les chaux aériennes, la norme distingue les chaux calciques provenant d’un calcaire pur et les chaux dolomitiques issues d’un calcaire magnésien.

Sur les sacs on retrouvera l’abrégé « CL » (Calcium Lime) pour les chaux calciques et « DL » (Dolomic Lime) pour les chaux dolomitiques.

Le chiffre qui suit les initiales CL ou DL donne le % de produit actif.

« CL 90 » désigne un « Liant Calcique à 90 % de chaux minimum ». Il existe aussi des CL 80 et CL 70 à moindre teneur en chaux.

« DL 85 » ou « DL 80 » désigne un « Liant Dolomitique à 85% ou 80% ».

EN PRATIQUE pour les finitions on recherchera les chaux CL 90 ou DL 85.

Les chaux hydrauliques « NHL » :
Elles se distinguent principalement par leur résistance à la
compression mesurée après 1 mois de vieillissement.

Sur les sacs « NHL 2 » correspond à une résistance comprise entre 2
et 7 MPa (20 et 70 Kg/cm2)

NHL 3,5 = une résistance comprise entre 3,5 et 10 MPa (35 et 100
Kg/cm2)

NHL 5 = une résistance comprise entre 5 et 15 MPa (50 et 150 Kg/
cm2)

EN PRATIQUE : Sur les supports anciens (sans ciment) on
utilisera des NHL 2 ou NHL 3,5 largement assez résistantes, surtout
que la résistance finale sera plus de 2 fois la valeur mesurée à 1
mois. Mise au point pour le ciment la mesure de la RC (Résistance
à la Compression) à 1 mois ne donne pas la résistance finale du
mortier de chaux alors que pour le ciment à 1 mois on a 95% de sa
RC finale.

La norme permet des plages de résistance qui se recoupent
largement, ce qui n’aide pas à avoir une idée claire de la résistance
de la chaux que l’on achète.

Les chaux bâtardées :

La chaux « NHL-Z » n’existe plus. Les chaux bâtardées se
nomment maintenant « HL »
On ne les utilisera pas sur les supports anciens.

Les chaux artificielles

Elles n’existent plus. Ne contenant pas de chaux libre, elles ont
retrouvé leur famille d’origine, les ciments, sous le nom de « ciments
à maçonner ». On évite ainsi la confusion entretenue volontairement
par ces produits à base de ciments qui prétendaient être les
équivalents « artificiels » des chaux « naturelles ».

 

Où sont passées les CAEB et les XHN ?

La norme actuelle parle de chaux CL ou NHL, abréviations d’expressions anglaises. Comment retrouver les chaux connues sous le nom de CAEB (Chaux Aériennes Eteintes pour le Bâtiment) ou de XHN (chauX Hydrauliques Naturelles) ?

L’ancienne CAEB correspond à la chaux aérienne « CL 90 »

Les chaux hydrauliques ex « XHN 30 » se dénomment aujourd’hui « NHL 2 ». Les ex « XHN 60 » correspondent aux « NHL 3,5. Les ex « XHN 100 » correspondent aux « NHL 5 » de la nouvelle norme.

Plus d’infos : (8) – La norme des chaux : Tableau récapitulatif. (9) – Chaux ou ciment, quelles différences ?

Comparatif : chaux aérienne / hydraulique / ciment

comapratif chaux et ciment

6 - LA CONSERVATION DES CHAUX

Les chaux vives en poudre ou en roche se conservent sans limite de temps dans un sac plastique ou un seau fermé hermétiquement. Au contact de l’air la chaux vive passe à l’état de chaux éteinte puis de chaux carbonatée. Elle a alors perdu tout effet liant.

Les chaux en pâte se conservent également sans limite dans une seau hermé- tique. Comme les chaux vives elles se périment si on les expose à l’air.

Les chaux éteintes en poudre stockées en sac se conservent 1 an à l’abri de l’humidité et l’air (sac non ouvert).

7 - CHOISIR UNE CHAUX

 

Les critères de choix de la chaux sont donnés dans les articles par technique avec les dosages. Nous résumons ici les travaux habituellement réalisés à la chaux aérienne et à la chaux hydraulique.

 

La chaux aérienne pour …

– Les finitions teintées en masse par le sable si l’on recherche une teinte lumineuse (les chaux hydrauliques sont presque toujours moins blanches, elles ombrent la teinte des sables peu colorés).

  • –  Les travaux fins tels le stuc.
  • –  Pour recevoir une patine ou un badigeon « à fresco » car plus poreuse et de prise plus lente que les chaux hydraulique, la chaux aérienne laissent le badigeon ou la fresque accrocher plus fortement. De fait les fresquistes utilisent seulement de la chaux aérienne en finition et toujours de la « vraie » chaux en pâte.

  • –  De la poudre mise à tremper, même quelques mois, n’aura jamais les même caractéristiques que la vraie chaux en pâte qui n’a jamais connu l’état de poudre et qui est passée directement de l’état de chaux vive à l’état de chaux en pâte conservée au moins une année sous l’eau.

  • –  Les mortiers comprenant de la terre ou un sable terreux.

    – Les murs rejointés laissés à pierre vue dans lesquels on souhaite inclure une part de terre ou devant recevoir une patine à base de terre prélevée in-situ

    – Les travaux de finition lents (le mortier peut se conserver si on l’enferme dans un film plastique ou si on le garde sous un peu d’eau.

    Quand on souhaite une prise de patine plus rapide.

  • SITUATIONS A ÉVITER :

  • – Les murs humides.

    Les sous couches que l’on va recouvrir par une finition, à moins de couper la chaux aérienne avec une chaux hydraulique.

La chaux hydraulique pour …

– Enduire les supports forts (pierres mi dures à dures ou froides).

– Les couches d’enduit en contact avec le support, gobetis et corps d’enduit en NHL 2 ou 3,5.

  • –  Les supports hydrauliques du bâti neuf (agglos de béton). On appliquera un gobetis au ciment pour accrocher un corps d’enduit à la chaux hydraulique.

  • –  Les parties basses des murs exposés aux remontées d’humidité.

  • –  Monter des murs en pierre.

    – Maçonner des tuiles ou tout autre travail pour lequel on utilisait les chaux artificielles ou des bâtards ciment-chaux.

    – Les mortiers rebattus, préparés une demi journée à l’avance, pour limiter les fissures de retrait de la chaux hydraulique en finition.

    A ÉVITER :
    – Les chaux hydrauliques fortes sur les supports faibles. On utilise alors une NHL 2.

    Les supports en plâtre, à moins d’un avis du fabricant de chaux garantissant l’absence de réaction avec le plâtre.

  • De la chaux au mortier :

    On applique rarement la chaux pure sur le mur, sauf pour « graisser » un enduit.

    En général on la mélange à du sable ou d’autres agrégats. Il faut donc choisir les agrégats et un dosage avant de mélanger la chaux, le sable et l’eau. En un mot on prépare le mortier, fin ou grossier pour l’appliquer sur le support.

8 - LES PRISES DES CHAUX NATURELLES

Nous sommes passé de la pierre à la chaux vive. Maintenant éteinte, la chaux en poudre ou en pâte est mélangée au sable.

Le mortier frais est appliqué sur le mur, la prise commence. Mais quelle prise ? Aérienne, hydraulique, pouzzolanique ? Quelle importance, et quelles différences ?

De toute façon la chaux entame la dernière phase de son cycle. Lentement elle retourne à son état initial, elle redevient la pierre de la carrière. Nous allons la suivre dans cette dernière transformation.

Immédiatement, « à fresco » …

A peine appliqué sur le mur, l’enduit de chaux aérienne commence sa prise. La prise de la chaux aérienne, lente dans son épaisseur, se manifeste rapidement en surface par une pellicule de calcite. Cette cristallisation enferme les pigments posés « à fresco » comme elle protège dans les grottes les peintures rupestres.

Ce moment unique permet de poser des pigments purs qui seront fixés par la prise de l’enduit. A la fiabilité technique s’ajoutent alors des effets de transparence inimitables.

 

Rapidement, la prise hydraulique.

L’eau du mortier déclenche la prise hydraulique des chaux NHL.

Plus rapide que la prise aérienne, la prise hydraulique permet à la sous-couche d’enduit de recevoir une couche de finition après une bonne semaine de séchage.

Plus lentes que les ciments, les chaux hydrauliques continuent à prendre de la résistance dans le temps.

Une part de la prise des chaux hydrauliques reste aérienne. Le mortier évolue lentement. A 6 mois, en fin de prise, la résistance sera de 2 à 3 fois la résistance mesurée à 1 mois.

 

Lentement, la prise aérienne.

Le mortier de chaux aérienne fait prise lentement au contact de l’air.

La carbonatation (absorption du dioxyde de carbone) se traduit par
une reprise de poids. 1 Kg de chaux en poudre mise dans le mortier
donnera 1,35 Kg de chaux carbonatée. D’une certaine façon la
matière croît lentement apportant au mortier des caractéristiques
que ne permettent pas les prises hydrauliques rapides.

On ne doit pas oublier que la prise aérienne ne se fait pas à sec.

Le CO2 se combine à la chaux seulement s’il trouve de l’eau pour
passer en solution à l’état d’acide carbonique.

Contrairement à la chaux aérienne en poudre, la chaux aérienne en
pâte par sa capacité de rétention d’eau accélère la vitesse de
carbonatation.

Concrètement la façade sera insensible à la pluie beaucoup plus
vite avec une chaux en pâte. On évitera ainsi l’apparition de chaux
libre blanche comme ça arrive s’il pleut dans la semaine qui suit
l’application d’une finition à la chaux aérienne en poudre.

 

L’air nécessaire à la prise induit une utilisation des chaux aériennes
en finition et hors périodes d’intempéries pour laisser au mortier le
temps de se structurer.

En sous couche on recherchera un complément de prise
hydraulique par une chaux hydraulique ou un agrégat
pouzzolanique.

Exposé à l’air, le mortier de chaux aérienne continue à faire prise
pendant des mois, jusqu’à 1 an. Cette prise dépend en particulier
de l’humidité ambiante car le CO2 doit passer en solution dans
l’eau pour carbonater la chaux aérienne. La prise aérienne ne se
fait pas à sec. A sec la chaux grille et farine. La vitesse de prise
varie pour la chaux aérienne en poudre selon l ‘épaisseur et le
dosage. La prise est beaucoup plus rapide avec la (vraie) chaux
aérienne en pâte dont la capacité de rétention d’eau incomparable
accélère la carbonatation.

En pratique, une finition à la chaux aérienne en poudre exposée à
la pluie la 1ere semaine aura souvent des taches blanches dues à
la chaux libre (non carbonatée) qui migre sous l’effet de la pluie.
Avec une chaux en pâte 2 ou 3 jours suffisent souvent pour que la
façade subisse une pluie sans migration de chaux libre vers la
surface.

Les mesures normalisées de la résistance à 1 mois, adaptées au
ciment, ne conviennent pas aux mortiers de chaux.

A carbonatation complète, la résistance d’un mortier de chaux
aérienne aura de 2 à 3 fois la résistance mesurée à 1 mois.

 

Mystérieusement, la prise pouzzolanique :

C’est la prise hydraulique apportée par l’agrégat à une chaux.

On hydraulise la chaux. Cette réaction maîtrisée par les Romains
garde, aujourd’hui encore un part de ses secrets.

Comme les argiles, les pouzzolanes sont composées essentiellement de silice, d’alumine et d’oxyde de fer. Elles se combinent à froid avec la chaux en présence d’eau. On doit les réduire en poudre pour faciliter la réaction.

La pouzzolane finement broyée réagit en présence d’humidité avec les hydroxydes alcalins ou alcalino terreux des chaux naturelles pour former des composés à propriété hydraulique.

La prise pouzzolanique est assez rapide mais elle varie en fonction du type de chaux, de l’agrégat utilisé et de sa mouture.

On a longtemps supposé que cette réaction était recherchée pour donner des caractéristiques hydrauliques à des chaux qui ne l’étaient pas.

Les agrégats pouzzolaniques :

LE TUILEAU ou « pouzzolane artificielle », réagit plus fortement si la terre est peu cuite et broyée finement.

LE BASALTE peut induire une réaction pouzzolanique plus forte que la pouzzolane.

LES CENDRES apportent également une prise pouzzolanique.

POUR LES CHAUX VIVES utilisées pour stabiliser les sols, les fabricants donnent l »indice de réceptivité pouzzolanique » qui qualifie la réactivité de leur chaux aux argiles.

LES CHAUX MAGNÉSIENNES ne conviennent pas, l’oxyde de magnésium ne participant pas à la réaction pouzzolanique.

 

9 - LE RETOUR DE LA CHAUX

Passéisme, effet de mode ou matériau du futur ?

« Le retour de la chaux ». S’il est des titre d’articles « bateaux » c’est bien celui là, mais si quelqu’un revient … c’est nous.

Nous en revenons … du ciment. Nous revenons aussi aux vieilles pierres que nous avions délaissées, plus ou moins, depuis le début du 20e siècle. Nous avons décrit rapidement cet abandon et ces retrouvailles en introduction.

Voir (1) – La chaux hier et aujourd’hui.

La mode de la chaux est un fait. Elle permet de redécouvrir des techniques inimitables que les fabricants de peintures « organiques » (dérivées du pétrole) cherchent pourtant à imiter.

Appliquées sur des supports aptes à les recevoir, les techniques à la chaux dépassent techniquement les peintures les plus récentes à la pointe de … nos connaissances.

La culture technique « moderne » ne pouvait concevoir qu’un produit aux caractéristiques « faibles » soit plus durable qu’un produit « fort ».

En ce sens, admettre puis chercher à comprendre les caractéristiques des mortiers de chaux suppose le passage à une approche plus humble que l’on peut qualifier de post-moderne, en référence à un article de Michel SERRES.

Il note que les sciences ont une première phase de conquête ou la maîtrise du réel semble à portée de main. Quand les connaissance se sont suffisamment étendues, la science plus sure d’elle même peut commencer à douter, à admettre que le réel la dépasse. Elle se penche alors sur des aspects du réels jusque là délaissés, moins mesurables, plus qualitatifs. La force des matériaux faibles renvoie bien à ces paradoxes apparents que nous commençons à admettre. Cette première étape est franchie et elle ouvre de nouvelles approches.

Concrètement, les formulations ont déjà évolué au contact des techniques à la chaux. On admet que la forte résistance à la compression d’un enduit se retourne contre lui. Elle le rend rigide, cassant. L’avantage d’un enduit souple ou d’une peinture à la chaux non filmogène est devenu évident.

L’étanchéité tant recherchée il y a à peine 10 ans à laissé la place à la microporosité mise en avant. On en oublie parfois qu’appliquer un produit microporeux sur une couche de fixateur qui bloque le support , comme on le fait encore parfois, n’a pas de sens.

Les produits industriels évoluent lentement. Ils s’adaptent techniquement mais pécheront encore longtemps par l’uniformisation des aspects qu’ils apportent et la palette réduite des savoir-faire qu’ils promeuvent.

Plus grave est l’effet de déqualification que les produits prêts à l’emploi induisent.

Les fabricants cherchent des produits « tout terrain » capables de compenser le manque de jugement de l’applicateur. A leur décharge on ne peut que constater l’absence de formation des professionnels aux techniques adaptées au bâti ancien.

Les artisans et les architectes à la sortie de leurs études ne connaissent au mieux des techniques à la chaux que les résumés qu’en font, parfois assez bien, les magazines.

Les aléas de la formation, les limites des produits prêts à l’emploi, l’effet de mode que reflètent les articles des magazines ne doivent pas nous faire oublier les praticiens de la chaux. Ils recueillent des savoir-faire et les font évoluer. Les recettes bien gardées témoignent encore de conquêtes lentes, difficiles et souvent incertaines. Les acquis ne se confrontent pas et les erreurs sont répétées ou transmises avec autant de soin que la maîtrise réelle.

Le commerce induit chacun à garder pour lui son savoir-faire.
Praticiens et industriels de la chaux avancent côte à côte. L’un copie un peu par dessus l’épaule de l’autre. Pendant ce temps les chantiers se multiplient, plus souvent destructeurs que réparateurs.

 

Avec cette note nous souhaitions vous apporter quelques informations sur ces produits de base que sont les chaux naturelles, aériennes ou hydrauliques.

Nous espérons que cette approche de la chaux vous a familiarisé
avec ce matériau. Vous le retrouverez plus concrètement dans les articles du blog sur les techniques adaptées aux murs perspirants, « anciens » ou écologiques.

 

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