DES JOINTS de caractère … comment bien rejointer

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On parle de “Joints pleins” quand les joints sont au nu des pierres.

La réalisation de joints ne pose pas de problème particulier alors comment expliquer que les joints soient si souvent mal réalisés, techniquement inadaptés ou inesthétiques ?

La fiche conseil “Enduire ou laisser le mur à nu” vous a déjà aidé à choisir l’option en accord avec votre construction.

Vous savez pourquoi votre mur peut rester apparent, simplement rejointé, nous allons voir comment réaliser des joints de caractère.

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Cet article est le 3eme de trois articles liés à lire de préférence dans cet ordre :

1 – “Murs, murs

2 – “Enduire ou laisser le mur à nu

3 – “Des joints de caractère“.

– Nous avons passé en revue les murs les plus fréquents et les observations qui peuvent vous permettre de différencier les constructions qui se prêtent à un jointoiement et les murs qui doivent recevoir un enduit.

– Nous détaillerons la composition du mortier et son application avant de nuancer son aspect de surface.

– On observera les anciens joints pour approcher leur composition et leur aspect.

– On peut dès lors approvisionner les matériaux, préparer le mortier et l’appliquer.

– Des patines et des variations dans le traitement de surface intégreront au mieux les joints neufs aux pierres qu’ils accompagnent.

1ere étape –  Les mauvais jointoiements vont nous aider à cerner les erreurs fréquentes et par opposition les caractéristiques des joints bien réalisés.

2eme étape – Les exemples de bons jointoiements illustrent l’effet à rechercher.

3eme étape – Un zoom sur la composition des mortiers de joints nous permet d’identifier les matériaux qui conditionnent la qualité visuelle et technique des joints.

4eme étape – Définir le mortier à réaliser. Après avoir décrit le mortier à copier, on doit définir le mortier à réaliser, sa composition et son aspect final.

Vous devrez alors choisir entre 2 options :

A – Composer un mortier à la chaux techniquement cohérent à partir d’agrégats du commerce et approcher l’esthétique des enduits de référence. C’est une option réaliste pour un travail soigné conforme au DTU.

B – Reconstituer le mortier de référence “à l’identique” à partir de matériaux locaux, si les conditions s’y prêtent, si la qualité du bâtiment le justifie, et si vous envisagez cette démarche. Nous évoquerons cette option exigeante, parfois appliquée sur les monuments historiques, pour vous en donner un aperçu.

5eme étape – Formulation du mortier à partir des agrégats locaux et formulation d’un mortier de chaux à partir des matériaux du commerce.

6eme étape – Application du mortier.

7eme étape – Aspects de finition et variations.

LES TYPES DE JOINTS : Etape 1 LES MAUVAIS REJOINTOIEMENTS :

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Joints ciment étanches, gris et en creux … 3 erreurs fatales.

Il y a des erreurs qui reviennent fréquemment …

LES JOINTS ETANCHES

– Les joints gris au ciment sont les plus visibles. Etanches ils obligent l’eau à passer par la pierre qui se dégrade d’autant plus vite qu’elle est plus tendre. Trop durs ils sont très difficiles à piquer sans dégrader les pierres et le mur. Les enduits prêts à l’emploi, esthétiquement moins choquants que le ciment (et encore !) sont généralement trop hydrofugés et souvent trop rigides.

Si vous devez travailler avec un façadier qui n’applique que des enduits prêts à l’emploi, exigez au moins un produit adapté au chapitre 11 du DTU 26.1 qui concerne les “murs hourdés avec des mortiers peu résistants”.  C’est une garantie minimum, nécessaire mais non suffisante, le DTU étant encore vague et trop imprécis pour les bâtis anciens. Evitez tous les produits adaptés aux supports à base de ciment.

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Ces joints trop clairs, trop lisses et hydrofugés détruisent l’effet d’ensemble. Les pierres dégradées peuvent parfois être retaillées OU protégées par un enduit.

LES JOINTS QUI TRANCHENT par rapport au parement en pierre sont le plus souvent une erreur. Ils sont trop blancs ou trop lisses par rapport à la pierre.

Dans quelques rares cas la couleur du mortier des joints se distingue de la couleur des pierres. Cette situation s’observe généralement en milieu rural quand la terre orangée teinte fortement le mortier des joints, comme c’est le cas à Roussillon.

En règle générale la mise en valeur porte sur la pierre. Le joint qui l’accompagne doit se faire discret en copiant sa teinte et sa texture.

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32 – Les joints trop creux soulignent chaque pierre.

On recherchera toujours un effet d’ensemble sans se perdre dans les effets ponctuels anecdotiques.

LES JOINTS EN CREUX : Techniquement ils protègent moins de la pluie que les joints pleins ou que les joints beurrés dont l’excèdent déborde sur les pierres.   Esthétiquement ils soulignent à l’excès chaque pierre même la plus petite au lieu de la recouvrir. (32)

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Etape 2 – LES BONS REJOINTOIEMENTS :

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33 – Bon exemple de joints pleins adaptés à cet arc soigné de pierres plates sur du bâti rural.

Décrire de bons exemples de rejointoiement exerce notre oeil à identifier ce qui leur donne cette qualité évidente et pourtant si rarement obtenue.

Vous vous préparerez ainsi à observer et à traduire en termes techniques l’esthétique des jointoiements de référence qui vous environnent.

JOINTS PLEIN

Les bons exemples s’observent en général en milieu rural. Moins souvent refaites qu’en ville, les façades y gardent plus longtemps les traitements cohérents. (33)

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34 – Mortier de chaux et sable terreux. Joints pleins bien réalisés.

Les joints se situent au nu des pierres. Le mortier est toujours plutôt en excès, jamais en retrait. (34)

GRANULATS VARIÉ

Les graves terreuses utilisées (mélange de sable, de terre et de graviers) apportent une diversité dans la granulométrie du mortier (36 et 37) et une teinte terre en accord avec l’environnement immédiat.

Les pierres affleurent à la surface du mortier comme un glaçon à la surface de l’eau. Les petites pierres noyées restent invisibles. (39)

PIERRES BIEN BATIE

La plupart des pierres visibles sont grosses. Elles ont été disposées de façon à présenter une grande face plane parallèle au nu du mur. (35)

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35 – Le mortier des joints ne fait pas le tour de chaque pierre. Il recouvre les plus petites.
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36 – Quand les joints sont bien réalisés ils s’imposent par la qualité de leur matière et laissent aux pierres leur juste place. Elles affleurent sans se détacher une à une.
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37- La chaîne d’angle harpée affleure le mortier des joints.
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38 : On retrouve la qualité de la matière du mortier (texture et teinte terre) .

  MORTIERS COULEUR TERRE

La terre teinte le mortier plus que le sable. Nous verrons qu’elle teinte en masse mais plus souvent en patine, en surface. La prise de patine est favorisée par les mortiers de chaux aérienne.

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39 – Seules les grosses pierres présentant une face parallèle au mur apparaissent.
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40 – Les joints neufs bien réalisés laissent aux pierres leur juste place, discrète, fondue dans les joints.MORTIERS COULEUR TERRE

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LES JOINTS CLOUTÉS 

Le cloutage consiste à incorporer au mortier frais qui vient à fleur de la face visible des pierres, des petits éléments de récupération, poreux.

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41 – Joints cloutés de tesselles noires et rouges. Grosses pierres entre lits de cayroux

Ces éclats de terre cuite, de laves ou de mâchefer ont plusieurs fonctions :

– Absorber l’humidité du mortier, le rendre plus compact et éviter que celui ci, encore frais, ne retombe. Ca permet donc de charger davantage en mortier

– Accélérer le séchage et la prise du mortier. Les pores des tesselles, absorbent l’eau du mortier et libèrent du gaz carbonique qui accélère la carbonatation de la chaux.

– Décorer la façade à peu de frais. Ces tesselles sont des cassons de briques ou de tuiles  (on en trouve tout spécialement en Roussillon vers Perpignan où sont très utilisées briques et éclats de ” cayroux”), et des rebuts de forge, noirs, très décoratifs mais aussi très chargés en gaz carbonique,excellent accélérateur de prise pour le mortier. Cayroux : Grandes briques plates de l’épaisseur du mur, qui ont servi à construire les murs en brique vers Perpignan.

Etape 3 – OBSERVER LES JOINTS A COPIER

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43 -Blancs noirs rouges. Observez les grains pour recomposer cette diversité dans vos essais.

Nous allons faire un zoom sur la composition des joints qui vont vous servir de référence. Les joints de référence sont peut-être les vieux joints encore en bon état qui se trouvent sur votre construction. A défaut, prenez en référence les joints d’une construction construite avec le même type de mur (même matériaux, même appareil) et qui porte encore le mortier d’origine.

Nature des anciens joints :

1  – Observer et décortiquer LES FINES qui composent la pâte du mortier. On distingue dans les mortiers des joints la pâte, composée de terre et de chaux, et les granulats, grains de sable, gravier, terre cuite.

Sur la photo 43 la pâte brun clair qui enrobe les grains se compose de terre, de sable fin et de chaux.

LES GRANULATS Les grains de sable noirs ou beiges et les points rouges de terre cuite caractérisent les 3 agrégats qui ressortent sur la photo 43 . Les points blancs sont des nodules de chaux incuits ou surcuits qui ne s’est pas éteinte.

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44 – Face vue patinée
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45 – Au dos la teinte du mortier sans patine.

LA PATINE

La teinte couleur terre (44) visible en surface est parfois trompeuse. Cette prise de patine n’est pas la teinte du mortier dans la masse. La teinte claire du mortier d’origine est perceptible au dos de l’échantillon prélevé (45)

Il est important de distinguer la phase d’observation / description de la phase de déduction / conclusion.

Dans l’exemple précédent (44 -45) on observe que le mortier d’origine était beige contrairement à son aspect actuel résultant d’une prise de patine couleur terre. On peut en déduire, si l’on est puriste, que l’on va réaliser un mortier de même composition, même s’il est clair, et attendre 20 ou 30 ans une prise de patine naturelle.

On peut choisir à l’inverse d’intégrer plus rapidement la façade rejointée aux façades voisines patinées, et au paysage. On choisira alors de réaliser une patine couleur terre pour copier la patine naturelle prise en référence.

A vous de transposer cet exemple et de choisir entre une intégration immédiate par une patine artificielle ou le respect scrupuleux de la composition d’origine qui ne s’intégrera que très lentement.

RÉSUMÉ DES QUESTIONS à se poser pour caractériser le mortier des joints à copier :

– Quelle est la nature, la couleur et la granulométrie des sables et graviers inclus dans le mortier des joints ? (47)

– Quelle est la proportion des fines (chaux et terre) contenues dans ce mortier et qui constituent la pâte qui enrobe les grains des agrégats ?

– La couleur de la pâte en surface (avec la patine et la salissure) est elle la même qu’en masse (au dos des échantillons prélevés)

Etape 4 – DEFINIR LE TRAVAIL A RÉALISER 

Nous distinguerons une option A soignée mais accessible, réalisée avec des agrégats du commerce. Conforme au DTU (Document Technique Unifié), cette option peut-être garantie par le maçon.

L’option B est décrite pour comparaison. Difficilement réalisable, elle sort du DTU.

Option A – Approcher l’aspect des jointoiements anciens de référence au plus près dans la composition et l’aspect mais avec des matériaux du commerce pour la masse de l’enduit. Cette option réaliste peut être nuancée par un apport modéré de matériaux locaux en complément. C’est la solution que nous vous recommandons.

Option B – Restituer les joints anciens “à l’identique”. Cette option est évoquée pour situer par comparaison les pratiques qui sortent des applications couvertes par le DTU.

Cette option B permet aussi de poser des questions de “doctrine”. On nomme ainsi les questions de fond qui soulèvent des orientations à prendre (par exemple, doit-on copier l’aspect actuel OU la composition d’origine d’un mortier de référence ?)

Ces orientations sont discutées (on pèse le pour et le contre)  puis appliquées comme des doctrines que l’on ne remet pas en cause chaque jour. On se donne ainsi les moyens de mettre en œuvre l’orientation prise. On fait le point quand on a assez de recul sur les effets de la doctrine pour la remettre en cause. Cette attitude peut paraître compliquée mais elle permet aux professionnels de gérer ensemble l’arbitraire de certains choix et d’en tirer des leçons au lieu de maintenir stupidement en place des orientations qui auraient fait la preuve de leurs effets nocifs. Cette parenthèse faite, revenons à nos moutons (à nos joints).

2 – Reconstituer le mortier observé – Choix des agrégats.

Option A – On recherchera dans les matériaux du commerce ceux qui s’approchent des matériaux d’origine observés : sables, pierre concassée, briques ou pierres pillées, pouzzolane.

Option B – Retrouver et prélever dans l’environnement les agrégats identifiés dans le mortier de référence à reproduire (sable de rivière, poches de sable, terre non organique)

– Choix des liants. Ce seront toujours des chaux, hydrauliques de norme “NHL 2” ou “NHL 3,5” ou chaux aérienne de norme “CL 90”. Si les joints étaient à la terre sans chaux, vous ne pouvez pas demander à un artisan de vous garantir le mortier à la terre. Pour rester dans l’option A vous pouvez formuler avec de la chaux et des sables du commerce et nuancer avec une patine couleur terre.

– La terre Option A

– On peut appliquer une terre locale en patine (décantée, filtrée et diluée dans de l’eau de chaux). On peut aussi appliquer cette terre locale sur un échantillon d’enduit et recopier son effet avec des terres du commerce : Terre de sienne ou d’ombre naturelles, ocres jaune et rouge. On peut aussi remplacer un seau de sable par un seau de terre locale. On se situe entre les options A et B (hors assurance mais à risque minimisé)

– Teinte en masse ou en surface ? Options A – Teinte en surface par une patine à la terre locale ou recomposée à partir de terres du commerce.

Options B – L’effet coloré final repose sur trois effets. Le fond est donné par la pâte du mortier, composée de fines (argiles, terres, chaux). Sur ce fond se détachent les grains moyens qui contrastent parfois fortement en noir, blanc ou brun orangé. Les plus gros grains de sable peuvent atteindre 1 à 2 cm dans le mortier des joints. Ils apparaissent comme des éléments enrobés dans les autres composants du mortier dont la granulométrie s’étale de 0 à 5mm.

On peut modifier la teinte en masse par ajout d’un seau ou plus de terre locale ou par utilisation d’un sable argileux. On peut associer 2/3 de sable du commerce lavé à 1/3 de sable très argileux. Pour approcher la granulométrie variée des mortiers de référence on peut aussi remplacer jusqu’à 1/2 à 1 seau du sable du commerce par un sable local grenu qui apportera les variations recherchées. En résumé, on peut corriger l’aspect trop régulier d’un sable du commerce par apport de fines colorées (sable argileux) et d’une petite quantité de graviers de 7 à 15mm, prélevés dans une rivière proche.

– Les effets du vieillissement

LA PATINE : On a vu ci-dessus comment copier les effets d’une patine naturelle.

L’ÉROSION : Avant de la copier on ne doit pas oublier que c’est une altération de l’enduit. Les grains de sable déchaussés sont certes plus visibles mais si on les observe à la loupe ils apparaissent en “porte à faux sur le vide”.

Pour faire ressortir les grains de sable sans trop les déchausser on a 3 solutions de la plus simple à la plus compliquée :

1 – Talocher avec une taloche éponge régulièrement lavée pour enlever la laitance de la chaux qui blanchit les grains de sable.

2 – Passer à la brosse du vinaigre blanc sur l’enduit quelques jours après l’application de la finition.

3 – Appliquer de l’acide citrique. Evitez les autres acides, dangereux même dilués dans 10 volumes d’eau.

ATTENTION : Il faut impérativement portez des gants et des lunettes de protection, quand on prépare la dilution eau+acide et quand on l’applique.   Pour ne pas prendre de risque je conseille de tester en premier avec du vinaigre blanc. Si cet acide est trop faible essayez avec 50g d’acide citrique (en poudre) dilué dans 1 litre d’eau.

Précautions à prendre : – On attend que l’enduit ait fait prise et soit sec.

– On l’arrose au jet sans pression pour éviter que l’enduit sec n’aspire l’eau acidulée. – On commence par le bas de la façade.

– On applique à la brosse.

– On rince au jet sans pression. Des essais sur un pan de mur peu visible sont conseillés pour maîtriser le temps d’attente entre l’application et le rinçage.

QUELLE QUANTITÉS DE MORTIER PRÉPARER ?

Pour appliquer un enduit de 1cm d’épaisseur sur 1 m2 on a besoin de 1 seau de 10 litres de sable (la chaux ne compte pas dans le volume à calculer).

Mais pour les joints ça varie beaucoup . La quantité de mortier à préparer dépend du % de la surface des joints par rapport à la façade et de leur profondeur.

Pour des joints de 2 cm de profondeur qui occupent 25% de la surface, on aura donc pour 1 m2 : 2*10*0,25 = 5 litres de sable par m2.

Pour des joints de 3 cm de profondeur qui occupent 20% de la surface du mur : 3*10*0,20 = 6 litres de sable par m2.

A partir de ce calcul approvisionnez une partie du sable et de la chaux et faites un essai sur 5 m2 puis divisez le volume de sable utilisé par 5 pour connaître la quantité à prévoir par m2.

Etape 5 – FORMULER

– Avec des matériaux du commerce (option A) Les dosages à la chaux que vous utilisez pour le corps de l’enduit conviennent pour les joints. On peut même les doser un peu moins en liant. Le rapport entre les volumes de chaux et de sable se situe autour de 1 / 3. Il peut atteindre 1 / 4 avec des sables terreux chargés en fines. Vous pouvez faire le test de la plaque de verre pour vérifier que votre dosage est bien dosé.

DOSAGE A LA CHAUX HYDRAULIQUE : Adapté aux situations à risque : murs présentants des remontées d’humidité, aux pierres dures, aux murs exposés au vent dominant dans les régions pluvieuses, période d’application à quelques mois seulement de l’hiver avec risque de gel.

– 4 seaux de chaux hydraulique

– 10 à 12 seaux d’agrégats (sables et autres agrégats, selon la composition retenue). On peut associer par exemple 8 seaux de sable jaune de carrière non lavé à 4 seaux de sable gris de rivière pour 4 seaux de chaux hydraulique.

DOSAGE A LA CHAUX AÉRIENNE : Si les murs ne présentent pas de traces permanentes d’humidité en partie basse vous pouvez utiliser de la chaux aérienne. L’enduit sera plus respirant, le mortier plus plastique, et la prise de patine plus rapide. La chaux aérienne est également conseillée avec les sables terreux, les agrégats pouzzolaniques (certaines terres argileuses, les terres peu cuites, les pouzzolane, les arènes granitiques)

– 4 seaux de chaux aérienne en poudre – 10 seaux d’agrégats.

BATARD CHAUX HYDRAULIQUE ET AÉRIENNE :

– 2 seaux de chaux aérienne en poudre – 2 seaux de chaux hydraulique – 10 seaux d’agrégats.    

FORMULER – Avec des agrégats locaux (option B)

– Prélevez au moins un demi seau du mortier de joints à recopier.

– Ecrasez ce mortier dans un pilon ou au fond d’un seau avec une bûche de bois. Certains mortiers se désagrègent facilement. D’autres se cassent en grumeaux compacts de chaux et d’agrégats impossibles à séparer. Passez au tamis fin pour séparer la poussière des grains de sable. Séparez visuellement les grains par nature, par couleur ou par granulométrie. Estimez la proportion par type d’agrégat. Si la qualité du bâtiment le justifie, on peut parfois rechercher la nature de la chaux (aérienne ou hydraulique) et la nature des sables contenus dans le mortier de référence à contretyper.

Ces analyses de laboratoire sont coûteuses, parfois sujettes à caution, et leur exploitation pratique rarement évidente. Il est souvent plus efficace de trouver un très bon professionnel qui connaît les matériaux locaux. Il identifiera visuellement les sables, la terre ou les pierres en décomposition qui composent l’ancien joint. Il saura où trouver des agrégats de même nature à proximité.

– Préparer le mortier.

Les agrégats et les liants sont approvisionnés, le dosage choisi, vous pouvez formulez le mortier.

LE JOUR MÊME

Mesurez les agrégats en seaux arasés. Pour les chaux, on considère en moyenne qu’un seau de 10 litres de chaux aérienne pèse 5 Kg et 1 seau de chaux hydraulique 8 Kg Mesurez l’eau et ajoutez éventuellement 1 bouchon de teepol par seau d’eau pour trouver la plasticité recherchée sans excès d’eau.

LA VEILLE Les mortiers formulés la veille au soir seront plus plastiques quand on les utilisera le lendemain. Avec la chaux aérienne, on verse la gâchée sur un plastique que l’on replie dessus. On re-malaxe avant d’appliquer le lendemain matin. Avec la chaux hydraulique on pratique de même mais on devra ajouter 1/6eme de l’eau mise la veille pour re-malaxer.

Cette chaux rebattue aura l’avantage de ne pas avoir de fissures de retrait, défaut fréquemment reproché aux chaux hydrauliques.

Etape 6 – APPLIQUER LE MORTIER :

– Préparer le support On mouille le support au jet sans pression. On attend que l’eau ait ressuyé (ne soit plus en surface) avant de jeter le mortier dans les joints.

– Appliquer le mortier On jette avec force le mortier dans les joints. les professionnels tombent peu de mortier. La truelle lâche le mortier dans le sens du joint. Si le mortier n’est pas trop liquide il reste accroché en excès par rapport au nu des pierres. On resserre à la truelle ce mortier en excès. Le mortier tombe s’il contient trop d’eau ou un sable trop cru. L’application au sablon a l’avantage de serrer fortement le mortier dans le joint. On enlève rapidement  le mortier en excès qui recouvre les grosses pierres avec la tranche de la truelle.

Etape 7 – NUANCER L’ASPECT DE FINITION pour approcher la richesse d’aspect des matériaux locaux.

LES JOINTS BEURRÉS ne sont pas retravaillés. Ils restent tels que les laisse le coup de truelle qui écrase l’excès de mortier sur les pierres.

ON BROSSE les joints pleins le lendemain pour nettoyer les grosses pierres, mais sans chercher à dégager les petites pierres. Le coup de brosse permet également de refermer les fissures de retrait qui peuvent de former entre la pierre et le joint.(on peut utiliser une brosse à chiendent sur les pierres et une balayette en coco sur les joints encore frais) On gomme du même coup les coups de truelle qui en serrant le joint ont pu le lisser. La chaux hydraulique, plus forte que la chaux aérienne, compense la perte de cohésion due au brossage qui ouvre l’épiderme.

ON PATINE avec une terre locale ou des terres du commerce dont le mélange copie la teinte de la patine naturelle. La patine s’applique le lendemain, après le coup de brosse.

ON COPIE L’ÉROSION en dégageant les grains de sable de la chaux qui les tache, avec une éponge, un feutre, du vinaigre blanc ou une eau acidulée (voir plus haut)

CONCLUSION

Nous espérons vous avoir aidé à trouver des réponses aux questions qui se posent toujours dans le même ordre :

– Dois-je enduire ou laisser les pierres à nu ?

– Avec quels matériaux composer le mortier des joints que je vais réaliser ?

– Quel aspect de finition donner aux joints réalisés ?

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 Si vous n’avez PAS reconnu votre mur parmi les situations évoquées ci-dessus envoyez un email accompagné de photos à “”. Je vous répondrai.

Prenez, si possible 3 photos :

Une photo de l’ensemble de la façade / Une photo rapprochée de 1 m2 de mur / Un gros plans du mortier de joint, cadré sur 15 à 20 cm de large.

QUELQUES DÉFINITIONS

PIERRES FROIDES : Pierrres dures insensibles à l’eau et se cassant par éclats.

POUZZOLANE : Les cendres volcaniques de la région de Pouzzole en Italie étaient utilisées dans la confection des mortiers Romains. Elles apportent à des chaux non hydrauliques la capacité de faire prise en présence d’eau. En l’absence de pouzzolane, les Romains recherchaient cette prise “pouzzolanique” par ajout au mortier de terres (peu) cuites broyées ou de matériaux réactifs telles les arènes granitiques.

TERRE PEU CUITE : Du point de vue du fabricant de tuiles c’est une argile mal cuite de moindre résistance. De notre point de vue c’est un matériau de choix que l’on pourra broyer pour l’inclure à un mortier de tuileau.

ARÈNES GRANITIQUES : Ce sont des granits en décomposition se présentant sous la forme de poches de sable. Cet agrégat a comme la pouzzolane et la terre cuite broyée, la capacité de développer une prise pouzzolanique en présence d’une chaux non hydraulique.

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Dites moi si cette fiche conseil répond à la situation que vous devez traiter.

Si d’autres questions se posent, envoyez moi quelques photos et décrivez rapidement le contexte, je vous répondrai.

Merci

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22 réflexions sur “DES JOINTS de caractère … comment bien rejointer”

  1. Bonjour, j’ai le bas de mon mur extérieur en pierre meulière qui reste systématiquement humide et en cas de pluie ça s’empire et l’eau s’écoule même dans ma cave.
    Côté intérieur il y a meme des champignons qui se développe et des cristaux blancs. Je lense que cela est du À une malfaçon sur la pose d’un carrelage ( manque de colle et mauvais joints.). Nous allons refaire le carrelage pour arrêter le phénomène et en parallèle je compte refaire les joints du mur avec de la chaux.
    Pensez-vous que cela puisse régler le problème et si oui quelle type de chaux employé.
    D’avance merci de votre retour

    1. Pour la chaux, il faut une chaux hydraulique NHL 3,5 mais je ne vois pas comment le carrelage pourrait être une cause. Il doit y a voir des remontées capillaires ou des infiltrations. Regardez si de l’eau stagne en pied de mur quand il pleut. Sinon refaire les joints côté extérieur et éventuellement appliquer un hydrofuge de surface (si la pierre doit rester apparente sans enduit) mais un produit validé pour les bâtiments historiques, sinon ce sont généralement des résines nocives. (voir la gamme de produits ECP pour la restauration du patrimoine, par exemple)

  2. Bonjour, je souhaite aménager un espace intérieur dans une maison ancienne où tout est à faire (sauf la toiture et les fenêtre). Je réfléchis à la nécessité de reprendre les joints entre les pierres avant de poser l’isolant et le placo. Des fissures sont visibles (tassement) mais compte tenu de l’âge de la maison, je pense que cela a plusieurs décennies. Le mortier en place semble être un mélange de terre et de sable. Le mortier qui viendrait en remplacement, n’aurais pas de rôle esthétique. Quel type de mortier me conseillez vous ?

    1. Évidemment il y aura aussi beaucoup de mortier SUR les pierres, donc à enlever à la truelle, et il faut accepter que les pierres soient tachées par la chaux. Sinon … des gants (étanche dessous et résistants dessus) et pousser le mortier dans les joints avec la paume de la main… si vous n’avez pas trop de m2 à réaliser.

  3. Bonjour,

    Je viens d’acheter une maison meulière qui a des joints en ciment avec grosses pierres et petits cailloux (exactement comme la photo de la maison en modèle).
    Je souhaiterais enlever tous les joints et refaire un enduit traditionnel.
    Je ne sais pas comment m’y prendre pour enlever les joints en ciment sans que les cailloux partent? Selon vous, est-ce vraiment difficile à réaliser?

    Merci par avance pour votre aide !

    Emilie

    1. Oui c’est parfois difficile, ça dépend de la grosseur des pierres et de l’épaisseur du mur. Si les pierres qui se détachent font moins de 10cm et le mur plus de 40 cm vous pouvez piquer et remettre les pierres en place, sinon contentez vous d’enlever le ciment délicatement sur le soubassement (70 cm de haut)

  4. Bonsoir,
    je n’arrive pas à trouver du sable de couleur claire dans ma région, cela pose t il un problème d’utiliser du concassé 0/4 ?
    merci pour votre réponse

  5. Bonjour,
    j’ai acheté une maison ancienne (moellon calcaires) dont la façade a été entièrement recouverte d’un enduit au ciment (peut être aussi à l’intérieur + peinture).
    Les joints situés sous cet enduit sont pulvérulents. Est’-ce une bonne idée avant l’hiver d’enlever l’enduit au moins sur la partie basse avant de refaire les joints au printemps ? Situé à 750m d’altitude, je ne pense pas avoir le temps de rejointoyer avant les premières gelées.
    Qu’en pensez-vous?
    cordialement

    1. Bonjour
      Mieux vaut attendre la fin des gelées et de la neige qui apporte de l’eau en pied de mur. Par contre piquer et laisser sortir l’humidité avant de réenduire est une bonne solution. Grattez les joints friables et regarnissez au niveau des pierres avant de faire l’enduit. 4 seaux de chaux NHL 3,5 pour 10 seaux de sable.

      1. merci beaucoup pour votre réponse,
        combien de temps avant de refaire les joints faut il piquer à votre avis?
        cordialement,
        Yannick

  6. Merci Luc, pour votre formidable travail, ainsi que pour le partage de vos connaissances. Grâce à vous, notre patrimoine est préservé et respecté.

    1. Merci … c’est le bût … que ça serve à vous et au patrimoine. N’hésitez pas à m’envoyer vos remarques sur les techniques que vous appliquez suite à mes articles ou d’autres.

  7. bonjour,

    merci pour vos informations très pertinentes et bien réunies (difficile à trouver sur interne !!)

    j’ai une question concernant la chaux ..
    j’ai bien compris que la chaux aérienne était plus respirante que la chaux hydraulique, mais pourquoi alors ne pas l’appliquer aux supports humides ? (ce qui permettrait de mieux évacuer l’humidité !)

    quel sont les avantages / inconvénients d’un mortier de chaux batard (aérienne+hydraulique)

    merci d’avance de vos réponses, et bonne continuation

    1. Bonjour
      Un mortier à la chaux aérienne est plus respirant mais il est aussi plus fragile en présence d’humidité … surtout si c’est une chaux aérienne en poudre. Avec de la chaux aérienne en pâte (pas de la poudre mouillée) on a un mortier déjà beaucoup plus résistant. Si on remplace une part de sable par de la pouzzolane fine ou de la terre cuite pillée on va encore renforcer le mortier de chaux aérienne. Je vais bientôt faire un article sur les mortiers respirants qui résistent à l’humidité, les enduits “d’assainissement”.

  8. Bonsoir,
    Je me permet de vous demander votre avis.
    Apres avoir malaxer et fait décanter ma terre dans un grand bocal en verre, j’ai été très surpris. L’eau du dessus est très claire, puis une couche de couleur très homogène, crémeuse, douce, jusqu’au fond du sceau.
    Pas d’alluvions, pas de sable, pas de charges en sous couche. Que de l’argile quasi pure , je suppose.
    Puis je la considérer comme des fines et l’utiliser comme un pigment pour réaliser une patine ?
    Merci d’avance !
    Michel

    1. Oui, à priori ce sont des fines si on ne sent pas de grain même très fin entre les doigts (en théorie fine = moins de 80 microns donc < à 1/100eme de mm) Donc ça doit être efficace comme pigment.

  9. Bonsoir,
    Merci de tous ces détails, votre site est un puits de connaissance et de partage des connaissances très rare.
    Un petit détail me manque cependant pour passer à l’action.
    Comment réalise t’on une patine avec une terre naturelle ?
    J’ai sous mes pieds une terre très argileuse (tuilerie dans le village il y a cinquante ans..)
    Comment passe t’on de cette terre brute à une patine ? J’ ai vue en partie ce détail dans les vidéos ” Couleurs Terre en Façade, utilise t’on directement les fines retirer du sceaux, ou rajoute t’ont autre chose (eaux, chaux, eaux de chaux..? Et dans quelles proportions ?
    Merci de votre aide !
    Michel

    1. La première étape est toujours d’extraire les fines (mettre la terre dans une eau avec un peu de savon, remuer, laisser décanter, prélever au dessus les fines (on ne sent aucun frais sous les doigts). A partir de là 2 solutions : soit laisser sécher puis réduire en poudre et utiliser comme un pigment (ça permet de préparer X patines avec des doses précises) soit utiliser en pâte. Le principe : tester avec environ 10g de poudre dans 3 litres d’eau au fond d’un seau (pas plus pour pouvoir remuer sans cesse avec la brosse, sinon le pigment se dépose au fond). Ne pas finir le seau car c’est toujours un peu plus teinté au fond du seau.L’idéal c’est un support encore frais (pose “à fresco”) sinon de l’eau de chaux (l’eau qui est au dessus de la chaux vive qu’on a éteint), ou silicate de potassium (le fixatif transparent de la marque Keim qui est la seule fiable à mon avis puisqu’ils ne font que ça). Dans tous les cas prévoir 2 passes pour que les coups de brosse ne soient pas trop marqués mais bien fondus. Si on fait des traces trop fortes on ne peut pas les enlever. Dites moi si c’est clair.

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